Epure Works

Modèle v0.2

Croissance et demande

Ce qu'un pays produit, comparé à ce qu'il pourrait produire sans surchauffe, et ce qui fait varier l'écart entre les deux. Cette page couvre les équations E1 et E2.

En clair

Chaque pays a un PIB potentiel, qui croît à son propre rythme (E2). L'écart de production dit de combien l'économie tourne au-dessus ou en dessous de ce potentiel. Deux choses le déplacent (E1). Un taux d'intérêt élevé freine l'activité, et un budget qui vient de devenir plus généreux la pousse.

Presque tout le reste du jeu dépend de cet écart, comme l'inflation (E4), le chômage (E6), le taux de la banque centrale (E7) et le budget (E8).

Dans la partie

Le tableau de bord publie chaque mois la croissance du PIB réel sur douze mois. Les trois ordres du joueur agissent ici, et prennent effet le 1er du mois suivant. Sur la France jouée sans chocs, au bout d'un an, baisser les recettes de deux points ajoute 0,68 point d'écart de production. Monter les dépenses de deux points en ajoute 2,03. Monter le taux de deux points en retire 0,36, puis 1,26 au bout de cinq ans (§7.3).

Les bases

Le PIB mesure tout ce qu'un pays produit en un an. Quand il augmente, on parle de croissance.

Chaque pays a un rythme de croisière, fixé par ses usines, ses travailleurs et ses techniques. C'est ce qu'il peut produire sans surchauffe, et le modèle l'appelle le PIB potentiel. Certaines années, l'économie tourne plus vite que ce rythme. Les commandes affluent, les entreprises embauchent et les prix montent. D'autres années, elle tourne moins vite, les ventes baissent et le chômage monte.

L'écart entre la production réelle et le potentiel, en pourcentage, s'appelle l'écart de production. Positif, l'économie est en surchauffe. Négatif, elle tourne au ralenti. Le modèle s'en sert comme d'un thermomètre.

Le taux d'intérêt est le prix de l'argent emprunté. Quand il monte, les ménages achètent moins à crédit et les entreprises investissent moins, donc l'activité ralentit. Ce qui compte vraiment, c'est le taux réel, c'est-à-dire le taux moins l'inflation attendue. Emprunter à 5 % quand les prix montent de 5 % ne coûte presque rien.

Le budget agit autrement. Une hausse des dépenses publiques ou une baisse d'impôts donne un coup de pouce à l'activité. Ce coup de pouce s'éteint au bout de quelques années, même si la mesure reste en place.

E1. La demande

En clair

Quand le taux réel dépasse son niveau neutre, l'écart de production baisse. Il ne baisse pas tout de suite, parce que le taux met des mois à se répercuter sur les crédits et les projets. La production continue donc de baisser après que le taux a cessé de monter. À la longue, chaque point de taux réel en trop retire 0,64 point d'écart de production.

Pour le budget, c'est le changement qui compte, pas le niveau. Un point de PIB de dépenses en plus ajoute 0,75 point de production en moyenne la première année dans un pays avancé. L'effet diminue ensuite, et la production revient à son potentiel.

Par exemple, dans un pays avancé, la banque centrale monte son taux d'un point et le garde un an, sans que l'inflation attendue bouge. La production atteint son point bas au 18e mois, à −0,26 %, puis remonte. Si l'État dépense un point de PIB de plus et s'y tient, l'écart de production vaut en moyenne 0,70 point la première année, puis 0,89, 0,53, 0,26 et 0,12 les années suivantes (§7.2).

Dans les formules :

SymboleCe que c'estPays avancé
\(i\)le taux directeur
\(\pi^e\)l'inflation attendue (E3)
\(r^*\)le taux neutre réel, qui ne freine ni ne pousse l'activité
\(\hat r\)l'écart de taux réel tel que les ménages et les entreprises le ressentent, avec retard
\(\tilde y\), \(\tilde y^{*}\)l'écart de production, et la valeur vers laquelle il se dirige
\(\beta_{RR}/(1-\beta_{lag})\)ce qu'un point de taux réel retire à la longue0,64
\(G - \bar G\), \(T - \bar T\)les dépenses et les recettes, moins leur moyenne de l'année écoulée
\(k_G\), \(k_T\)les coefficients qui donnent les multiplicateurs publiés2,57 et 0,86
\(c\)le plafond de l'écart de taux réel10 points
Voir la formule complète et ses sourcesLa forme exacte au pas d'un jour, chaque paramètre avec sa source, et ce que l'équation laisse de côté.
$$\hat r_{t+1} = \hat r_t + s_r\,\big(\mathrm{clip}(i_t-\pi^e_t-r^*,\,\pm c)-\hat r_t\big), \qquad s_r = 1-\rho_r^{\,1/91{,}31}$$
$$\tilde y^{*}_t = -\frac{\beta_{RR}}{1-\beta_{lag}}\;\hat r_t \;+\; k_G\,(G_t-\bar G_t) \;-\; k_T\,(T_t-\bar T_t)$$
$$\tilde y_{t+1} = \tilde y_t + s_y\,(\tilde y^{*}_t-\tilde y_t), \qquad s_y = 1-\beta_{lag}^{\,1/91{,}31}$$
$$\bar G_{t+1} = \bar G_t + s_m\,(G_t-\bar G_t), \qquad s_m = 1-e^{-1/365{,}25} \quad(\text{de même pour } \bar T)$$
ParamètreValeurStatutSource
demand_persistence β_lag0,75 par trimestre
plage
Berg, Karam et Laxton 2006 : 0,50 à 0,90
rate_sensitivity β_RR0,16 point d'écart par point de taux réel, par trimestre
calcul
dans la plage de Berg, Karam et Laxton 2006 (0,10 à 0,25 pour la somme des effets du taux réel et du change) : la valeur qui, avec le délai ρ_r, met le creux de production à −0,25 % par point de taux, l'effet moyen corrigé du biais de publication (Enzinger et al. 2025)
rate_transmission_persistence ρ_r0,75 par trimestre
calcul
le délai qui place le creux de production au 18e mois quand le taux monte d'un point pendant un an : les études le situent entre 18 et 24 mois (Enzinger et al. 2025)
real_rate_gap_cap c10 points
choix
voir ci-dessous
spending_multiplier0,75 / 0,2 / 0,2
étudeplageplage
Batini et al. 2014 : 0,75 la première année pour les avancés (41 études compilées par Mineshima et al. 2014) ; 0,1 à 0,3 pour les émergents (Ilzetzki 2011) ; tranche basse, 0,1 à 0,3, pour les pays à bas revenu
tax_multiplier0,25 / 0,3 / 0,2
étudeplageplage
Batini et al. 2014 : 0,25 (avancés) ; 0,2 à 0,4 (émergents, Ilzetzki 2011) ; tranche basse (bas revenu)
fiscal_memory_years1 an
choix
l'impulsion est la variation du budget sur un an, comme le FMI la mesure

Pourquoi. Un taux réel au-dessus du neutre freine la demande ; au long cours, chaque point de taux réel en trop retire β_RR / (1 − β_lag) = 0,64 point d'écart. Il agit tel qu'il est ressenti : est l'écart de taux réel qui atteint les crédits et les projets de dépense, et qui suit celui de la banque centrale avec retard. D'où une réponse en cloche, comme dans les études : la production continue de baisser plusieurs mois après que le taux a cessé de monter. Le budget agit par son impulsion : ce n'est pas le niveau des dépenses qui soutient la demande, c'est leur changement. Une hausse durable pousse l'activité tant qu'elle est neuve, puis la production revient à son potentiel. Les coefficients k_G et k_T ne sont pas des paramètres : ils sont calculés (timing.impulse_gain) pour que l'écart moyen de la première année, par point de PIB de budget, soit exactement le multiplicateur publié (avancés : k_G = 2,57, k_T = 0,86). Le profil qui en résulte suit celui que le FMI utilise en projection (Batini et al. 2014, tableau 9 : 0,8 ; 1,0 ; 0,6 ; 0,3 ; 0 sur cinq ans) : le modèle donne 0,70 ; 0,89 ; 0,53 ; 0,26 ; 0,12 pour un multiplicateur de 0,75, soit le même gabarit à un centième près les quatre premières années (§7).

Le plafond c. La relation est estimée près de l'équilibre. Appliquée à un taux réel de 100 points (un joueur qui fixe son taux directeur à 300 %), elle demanderait une chute de 64 % du PIB. Au-delà de 10 points au-dessus ou au-dessous du neutre, le taux réel ne pousse plus loin. Dix points sont un choix : le plafond ne mord que dans des situations extrêmes (la désinflation argentine, un taux directeur de plusieurs centaines de pour cent fixé par un joueur). Le même plafond borne la règle de Taylor (E7) et le taux de marché (E10), pour que les trois restent cohérents.

Le délai de transmission n'est pas tiré d'une étude qui l'estimerait sous cette forme : c'est un calcul, la valeur qui place le creux là où les études le mesurent. Le modèle du FMI obtient la même cloche autrement, par des anticipations tournées vers l'avenir et un taux qui reste haut ; un modèle tourné vers le passé a besoin d'un retard explicite. Avec lui, une hausse d'un point pendant un an retire 0,26 % de production au 18e mois, et le niveau des prix baisse de 0,065 % au bout de cinq ans dans les pays avancés, de 0,13 à 0,15 % dans les émergents, contre 0,15 % dans les études une fois corrigées (§7.2).

Ce que ça simplifie. Pas de canal du change : c'est lui qui manque surtout aux pays avancés, où la courbe de Phillips est plate et où le taux passe par la monnaie autant que par la demande (§8.2). Un même multiplicateur quel que soit le cycle, le niveau de dette ou le régime de change, alors que la littérature les trouve plus grands en récession, au taux plancher et en change fixe (Batini et al. 2014 ; Ilzetzki, Mendoza et Végh 2013). Les impôts ne changent pas le potentiel.

E2. Le PIB potentiel

En clair

Le PIB potentiel croît chaque jour au rythme de la croissance potentielle du pays, qui ne change pas. Le PIB réel vaut ce potentiel, augmenté ou diminué de l'écart de production. Aujourd'hui, rien de ce que fait le joueur ne modifie le potentiel.

La France a une croissance potentielle de 1,1 % par an dans le modèle. Son potentiel monte donc d'environ 0,003 % par jour, et de 1,1 % en un an. Si son économie tourne 2 % en dessous du potentiel, son PIB réel vaut 98 % du potentiel.

Voir la formule complète et ses sources
$$Y^{*}_{t+1} = Y^{*}_t\,(1+g^{*})^{1/365{,}25}, \qquad Y_t = Y^{*}_t\,(1+\tilde y_t/100)$$

g* est la croissance potentielle du pays (§6) : la projection du FMI pour 2029-2030, qui suppose l'écart refermé, ou à défaut la médiane de la croissance 2010-2019 (Banque mondiale). Ce que ça simplifie : le potentiel ne dépend de rien que le joueur fasse — ni l'investissement public, ni les réformes, ni l'hystérèse. Ce sont des incréments (§9).