La suite
Ce que le modèle ne sait pas encore faire, et l'ordre dans lequel ces mécanismes arriveront dans le jeu.
En clair
Le modèle commence simple et s'étoffe un mécanisme à la fois. Chaque équation est déjà écrite en entier. Quand elle a besoin d'une grandeur que le jeu ne calcule pas encore, comme le taux de change, ce terme est tenu à une valeur neutre en attendant. Cette page en donne la liste.
Ce que les équations attendent
Une équation est écrite en entier, même quand l'un de ses termes demande une grandeur que le jeu ne calcule pas encore, comme le taux de change, la part de la dette due en devises ou l'identité de ceux qui détiennent la dette. Ce terme s'appelle une inconnue. Il est tenu à une valeur neutre, celle qui laisse l'équation telle qu'elle serait sans lui, jusqu'à ce que le mécanisme correspondant arrive. L'équation fonctionne en attendant.
| Identifiant | Équation | Tenue à | Ce que son absence fausse | Arrive avec |
|---|---|---|---|---|
exchange_rate_on_demand | E1, la demande | 0 | Un change qui se déprécie ne relance pas les exportations, un change qui s'apprécie ne les freine pas. rate_sensitivity (0,16) a été pris dans la fourchette de l'effet du taux réel et du change réunis. Il faudra le partager entre les deux. | le change |
foreign_demand_on_demand | E1 | 0 | La récession d'un partenaire ne se transmet pas. Chaque pays ne dépend que de lui-même. | le commerce |
public_investment_on_potential | E2, le potentiel | 0 | Investir ne relève pas la croissance de long terme, et le joueur n'a aucun levier sur elle. | le détail des dépenses et l'investissement public |
imported_inflation | E4, la courbe de Phillips | 0 | Ni le change ni les prix mondiaux (pétrole, alimentation) ne passent dans les prix. Or les fortes inflations finissent souvent quand la monnaie se stabilise (Fischer, Sahay et Végh 2002). Sans ce mécanisme, et sans plan de stabilisation, un pays qui a perdu sa crédibilité met plusieurs décennies à faire baisser son inflation (§8.2). | le change |
hysteresis_on_nairu | E6, la loi d'Okun | 0 | Une longue récession ne relève pas le chômage d'équilibre. | l'hystérèse |
exchange_rate_on_policy | E7, la règle de Taylor | 0 | Les banques centrales émergentes ne répondent pas à leur change, ce qu'elles font (Mohanty et Klau 2004). | le change |
foreign_currency_debt_premium | E10, le taux d'emprunt | 0 | Toute la dette est en monnaie nationale. Une dépréciation n'alourdit jamais la dette, et la prime ne tient pas compte de la dette en dollars. | le change |
common_world_shock | E13, les chocs | 0 | Les chocs sont indépendants d'un pays à l'autre. Aucune crise mondiale comme celles de 2008, 2020 ou 2022 ne frappe tous les pays à la fois. | le commerce et les prix mondiaux |
interest_in_income | E14 | 0 | Les intérêts de la dette ne comptent pas dans le revenu des ménages, parce qu'on ne sait pas qui la détient, entre ménages, entreprises et étrangers. | les ménages et les entreprises dans les comptes |
incumbent_terms_at_start | E15, les élections | 1 mandat | Chaque gouvernement en place au départ est considéré comme dans son premier mandat. La prime au changement d'Abramowitz ne joue donc qu'après une réélection en cours de partie. En France, le camp au pouvoir depuis 2017 devrait déjà la subir en 2027. | des données sur les partis au pouvoir |
currency_crisis_inflation | E16, le défaut | 0 | Un défaut ne s'accompagne ni d'une crise de change ni de l'inflation qui suit. Pourtant, 84 % des défauts en connaissent une dans les deux ans (Reinhart 2002). | le change |
pressure_on_central_bank | E17, la crédibilité | 0 | Un gouvernement qui fait pression sur sa banque centrale ne lui fait pas perdre de crédibilité par ce seul fait. Seule l'inflation observée la fait baisser. Drechsel (2024) mesure l'effet des pressions sur les anticipations. | un levier « indépendance de la banque centrale » |
Ce qui manque et n'est pas un terme
Certaines absences ne tiennent pas dans un terme d'équation, parce qu'elles demandent une structure que le modèle n'a pas encore.
- L'union monétaire. Chaque pays de la zone euro a sa propre banque centrale, et les pays du franc CFA aussi.
- Les secteurs. Il n'y a qu'un seul secteur privé. Les ménages, les entreprises, les banques, la banque centrale et le reste du monde n'ont pas encore de ligne à eux dans la matrice des flux.
- Les avoirs des fonds souverains. Le modèle ne connaît que la dette brute. Macao, dont le déficit de départ est payé par ses réserves, sort donc de son domaine.
- Le régime politique. Un pays sans élection nationale dans Wikidata n'en a pas dans le jeu. C'est juste pour l'Arabie saoudite, mais faux pour le Danemark, que Wikidata décrit mal.
- Le choix de faire défaut. Le joueur ne décide pas de restructurer sa dette. Le défaut s'impose à lui.
- Le plan de stabilisation. Rien ne rend d'un coup sa crédibilité à une banque centrale qui l'a perdue, ni une nouvelle loi, ni l'adoption d'une cible, ni une caisse d'émission. C'est pourtant ainsi que finissent les fortes inflations, comme en Israël en 1985 ou au Brésil en 1994. Dans le jeu, elles ne finissent que lentement.
- Les récessions trimestrielles. Comptées en années, les récessions ont la fréquence et la profondeur des données. Datées trimestre par trimestre, elles sont trois fois trop nombreuses dans les pays avancés, avec 3,7 récessions par décennie contre 1,2 dans l'OCDE de 1960 à 2007 (Claessens, Kose et Terrones 2008). Aucun terme ne manque ici. C'est la forme des chocs qui est à revoir avec des données trimestrielles (E13).
- La limite de dette des émergents. Elle est déduite de celle des pays avancés. Le risque d'un émergent médian ne commence donc qu'à 121 % du PIB, alors que plus de la moitié des défauts des pays à revenu intermédiaire ont eu lieu sous 60 % de dette extérieure (Reinhart, Rogoff et Savastano 2003). Il faudrait distinguer la dette extérieure, ou traduire ce seuil en dette publique.
- L'asymétrie des chocs de prix. Les chocs sont symétriques, alors que l'inflation réelle monte en flèche plus souvent qu'elle ne chute.
L'ordre d'ajout des mécanismes
Un mécanisme à la fois, chacun joué avant le suivant. Fait le 23 septembre 2026, dans l'ordre que le studio a retenu — ce qui permet au joueur de perdre avant le commerce : les chocs (E13), le pouvoir d'achat dans la popularité (E14), les élections (E15), la crise de confiance et le défaut (E16), la crédibilité (E17) ; puis, dans une deuxième version, les corrections du §8 : la transmission monétaire en cloche, les prestations dans le pouvoir d'achat, les stabilisateurs par la dépense. La suite, avec ce que la revue de littérature a déjà relevé :
- Un plan de stabilisation (levier du joueur) : un saut de crédibilité quand le gouvernement assainit son budget et engage sa banque centrale. Aucune source ne chiffre ce saut ; il se calerait sur les fins d'inflation observées : Israël 1985, de 445 % à environ 20 % en dix-huit mois (Bruno 1986 ; Bufman et Leiderman 1995) ; les épisodes au-dessus de 100 % durent 40 mois en moyenne, et l'inflation des douze mois qui suivent leur fin est d'environ 33 % l'an en médiane (Fischer, Sahay et Végh 2002, tableau 3a ; la médiane est un calcul sur leur tableau A1) ; les inflations de 15 à 30 % durent trois ans le plus souvent, et finissent par une contraction budgétaire, une politique des revenus et un engagement de change (Dornbusch et Fischer 1993) ; le Brésil de 1994 retrouve un chiffre en moins de trois ans ; l'adoption du ciblage d'inflation réduit de 0,498 la sensibilité des anticipations aux surprises (Kose et al. 2019) ; mal ancrées, les anticipations laissent aux chocs un effet durable (Bems et al. 2021). Sargent (1982) : les grandes inflations s'arrêtent avec une réforme budgétaire. Les pays sans joueur en auraient besoin aussi.
- Les événements et le choc mondial commun. Ce qui manque le plus aux pays avancés pour que le joueur ait à réagir chaque année : les événements prévus et un choc commun à tous les pays (inconnue
common_world_shock), à calibrer sur la part commune des cycles — la littérature reste à relever. - La note de crédit et la fatigue budgétaire. Note en fonction du revenu par habitant, de la croissance, de l'inflation, de la dette extérieure et d'un défaut passé (Cantor et Packer 1996) ; −20 % d'écart de taux par cran gagné ; la réponse du solde à la dette qui faiblit dès 90-100 % et devient négative vers 150 % (Ghosh et al. 2013) ; seuils du LIC-DSF pour les pays à bas revenu (35, 55 ou 70 % en valeur actualisée) ; la baisse moyenne de 64 points de dette après un défaut (Abbas et al. 2011), pour contrôler la décote de E16. Le choix de faire défaut, doux ou dur (Trebesch et Zabel 2017 : −0,57 point de croissance par cran de coercition).
- Le commerce bilatéral (gravité). Parts bilatérales × demande d'importations : distance −1,14, frontière commune +0,52, langue +0,33, lien colonial +0,84, accord régional +0,28 (gravité structurelle, méta-analyse de Head et Mayer 2014) ; demande d'importations d'élasticité-revenu 1,45 et d'élasticité-prix −1,08 à long terme, 90 % de l'effet en cinq ans (Senhadji 1998) ; élasticité de substitution entre fournisseurs −5,03 (Head et Mayer) ou −4 (Simonovska et Waugh 2014) ; garde-fou : un point de croissance des partenaires ne transmet pas plus de 0,8 point (Arora et Vamvakidis 2005). C'est aussi le mécanisme qui fera passer le test « un pays qui fait n'importe quoi ne touche pas les autres » de trivial à significatif.
- Le change et la balance courante ; l'union monétaire. Une seule règle de Taylor sur les agrégats de l'union, pondérés par le PIB ; des écarts de taux quadratiques en la dette dans l'union (De Grauwe et Ji 2013 : 5, 12,5 puis 21,5 points de base par point à 60, 100 et 150 %), et nuls pour les pays à monnaie propre ; le filet de sécurité de la BCE (−2 points sur le taux à 2 ans de l'Italie et de l'Espagne, Altavilla et al. 2016). Il comblera la moitié des inconnues : l'inflation importée, la dette en devises, la crise de change qui suit 84 % des défauts, et l'effet du taux sur les prix qui manque aux pays avancés.
- Le détail des impôts et des dépenses (§5.2), et l'investissement public qui relève le potentiel : +0,4 % de PIB la première année et +1,5 % à quatre ans par point de PIB investi dans les pays avancés (FMI, WEO d'octobre 2014). C'est le premier levier du joueur sur le long terme ; il séparera aussi les prestations du reste de la dépense.
- L'hystérèse. Un point d'écart pendant un an laisse 0,16 point sur le chômage et sur le chômage d'équilibre (Ball et Onken 2021).
- La popularité complète. La comparaison avec l'étranger (Kayser et Peress 2012), les effets de ralliement (+5 à 7 points le premier mois, Kernell 1978), l'asymétrie des pertes (une dégradation pèse trois fois une amélioration, Nannestad et Paldam).
- Les ménages et les entreprises dans les comptes (consommation, investissement) : la part des ménages « main à la bouche », 15 à 50 % aux États-Unis, 25 à 40 % dans l'UE, et une propension à consommer les remises d'impôt de 0,5 à 0,7 (Coenen et al. 2012).