Ce que vaut la simulation aujourd'hui
En une phrase : c'est un jeu, dont le monde bouge et où l'on peut perdre ; il est encore trop calme dans les pays avancés, trop lent à finir les fortes inflations, trop sage en défauts, et il récompense trop la grosse relance. Ce jugement repose sur les contrôles et les comparaisons du §7, sur les parties jouées (§7.4) et sur les tests de résistance du rapport : des décisions extrêmes tenues vingt ans par un joueur qui dirige la France.
Corrigé le 23 septembre 2026, dans une deuxième version. La transmission monétaire répond en cloche, avec un creux au 18e mois, et coûte ce que les études corrigées mesurent (E1) ; les prestations sociales comptent dans le pouvoir d'achat (E14), si bien qu'une relance par la dépense rend populaire et qu'une baisse d'impôts ne rend plus trop ; les stabilisateurs automatiques passent par la dépense, comme leur source le raisonne (E8) ; le Soudan rentre dans le domaine. Et deux défauts annoncés n'en étaient pas : les récessions, comptées comme les données les comptent, ont la bonne fréquence annuelle (E13) ; la croissance a la persistance trimestrielle des données.
Ce qui est réaliste
- La mécanique. Cent ans, 213 pays, chocs, élections et défauts compris : aucune valeur aberrante, des comptes justes au centime chaque jour, deux exécutions de même graine identiques au bit près (§7.1).
- Les réponses aux décisions modestes, d'un ou deux points, budgétaires comme monétaires : leur sens, leur taille et désormais leur délai sont ceux des études (§7.2).
- Le monde bouge. Chaque pays varie autant que dans les données (volatilité simulée / observée : 1,0 en médiane), avec autant d'années de récession ; les gouvernements tombent aux élections environ une fois sur deux, à la date de leur propre calendrier ; des pays font défaut, au hasard d'une crise de confiance ou à leur limite.
- Les excès se paient. Tenu par un joueur qui ne perdrait jamais d'élection, un taux directeur à 10 % mène la France au défaut en 2029 (dette à 155 % du PIB), puis en 2034, où le gouvernement tombe ; dix points de dépenses en plus, en 2029 et 2036 ; le budget insensé (recettes 10 %, dépenses 80 %) dès août 2026, puis en 2031, où le gouvernement tombe.
- La politique se joue. Le pouvoir d'achat relie les impôts et les prestations à la popularité, le calendrier électoral récompense une relance bien placée, et la dette punit celle qu'on ne retire pas (§7.4).
Ce qui ne l'est pas
- Les pays avancés sont trop calmes. Sans joueur, la France a une raison d'agir 53 % des années seulement, 39 % hors élections ; les États-Unis 58 % et 46 %. Il leur manque ce que le modèle n'a pas : les chocs communs à tous les pays (inconnue
common_world_shock), les événements, le commerce qui propage les crises des autres. - L'inflation reste facile à tolérer dans les pays avancés. Un taux directeur à 0 % tenu vingt ans ne relève l'inflation française que de 0,6 point, et la crédibilité ne tombe qu'à 0,75 : la courbe de Phillips y est plate (0,09), et le taux ne fait baisser les prix que de 0,065 % au bout de cinq ans par point, deux fois moins que les études corrigées — il y manque le canal du change.
- Les fortes inflations finissent trop lentement. Sans chocs, l'Argentine, partie de 118 %, est encore à 56 % au bout de dix ans ; la Turquie, l'Iran, le Nigéria, partis de 35 à 44 %, sont encore vers 18 % au bout de vingt, pour une cible de 10 %. Or les épisodes au-dessus de 100 % durent 40 mois en moyenne (Fischer, Sahay et Végh 2002), et même les inflations « modérées », de 15 à 30 %, durent trois ans le plus souvent : 6 épisodes sur 55 seulement dépassent cinq ans (Dornbusch et Fischer 1993). Elles finissent par un changement de régime — contraction budgétaire, engagement de change, réancrage des anticipations — que le modèle n'a pas. La crédibilité perdue au départ ne se regagne qu'à petits pas : trimestre après trimestre, l'inflation retombe bien moins vite que ne le prévoit le régime crédible, et le signal de E17 continue de donner raison à celui qui ne l'est pas.
- Trop peu de défauts. 0,17 % par pays et par an, plusieurs fois moins que l'histoire. Dans le modèle, un pays émergent ne fait défaut que vers 120 à 140 % du PIB : son risque commence, en médiane, 67 points au-dessus de sa dette de départ, parce que sa limite est déduite de celle des avancés. Or plus de la moitié des défauts des pays à revenu intermédiaire, de 1970 à 2001, ont eu lieu à une dette extérieure inférieure à 60 % du PNB (Reinhart, Rogoff et Savastano 2003). S'y ajoutent la dette en devises, les crises de change et les chocs sur les matières premières, que le modèle n'a pas.
- La grosse relance avant le vote est la meilleure stratégie (§7.4) : elle ne perd jamais l'élection de 2027, et tient huit ans douze fois sur quarante, quand aucune autre stratégie ne dépasse sept. Une stratégie dominante est un défaut de jeu, avant d'être un défaut d'économie : la victoire de 2027 est acquise avant que la dette ne se paie, et le défaut qui suit ne renverse le gouvernement qu'une fois sur deux (E16).
- Les élections sont d'abord un tirage. Une relance bien placée gagne environ un point de vote ; l'écart-type du tirage en vaut trois. C'est réaliste — l'économie n'explique qu'une partie du vote —, mais un joueur le vivra peut-être comme du hasard.
- Trop de petites récessions trimestrielles. Comptées en années, elles ont la bonne fréquence ; datées trimestre par trimestre, elles sont trois fois trop nombreuses dans les pays avancés (§7.2, E13).
Les limites du moment
- Données. Les données du FMI ne sont pas livrables sans autorisation (§6) : l'inflation de départ en dépend aussi. 155 pays partent du taux directeur de la règle, faute de source. Wikidata ne donne aucune élection au Danemark ; les mandats qui suivent une élection anticipée sont courts (Allemagne, Corée). L'écart de production de départ est nul partout. Les prestations sociales sont une part de la dépense par groupe de pays, pas par pays. 38 territoires sont hors économie, 2 pays hors domaine.
- Théorie. Toutes les inconnues de la liste des inconnues : le change, la dette en devises, qui détient la dette, le nombre de mandats du camp au pouvoir… La limite de dette des émergents et la zone de risque de 20 points sont des choix ; le délai de transmission monétaire est un calcul, pas une estimation. L'équation de vote est américaine. Le taux neutre des émergents est extrapolé de celui des pays avancés : l'Inde, partie de son taux observé de 6,5 %, remonte vers 9,6 %. Le passage de la fréquence des changements de prix à la pente de la courbe de Phillips passe par le modèle de Calvo, un choix. Les multiplicateurs d'impôts relèvent de trois familles de résultats inconciliables : 0,25 dans les VAR et les modèles, 2 à 3 au pic par la méthode narrative (Romer et Romer 2010), dont l'inférence est contestée (Mertens et Ravn 2013 ; Jentsch et Lunsford 2019) ; le modèle prend la valeur basse. Les études se contredisent sur la force de la politique monétaire dans les émergents (plus faible chez Enzinger et al. 2025, plus forte chez Brandão-Marques et al. 2020) : le modèle la garde égale.
- Mécanismes absents. Le commerce, le change, la note de crédit, l'hystérèse, les événements, le détail des impôts et des dépenses, l'investissement public : le joueur n'a toujours aucun levier sur la croissance de long terme de son pays, ni aucun moyen de réancrer d'un coup les anticipations.
Ce qu'il faut pour aller plus loin
Deux leviers manquent au joueur plus que tout : un plan de stabilisation, qui rende la crédibilité d'un coup à condition d'un budget assaini, et l'investissement public, qui lui donne prise sur le long terme. Et le monde des pays avancés a besoin de ce qui le secoue : des événements et des chocs communs, puis le commerce et le change, qui feront dépendre les pays les uns des autres et apporteront les crises de change qui manquent aux défauts.