Le modèle à l'épreuve
Comment on vérifie que le jeu tient debout, et comment ses réponses se comparent à celles des études publiées.
En clair
On fait tourner tous les pays pendant cent ans, avec et sans chocs. On vérifie qu'aucun chiffre ne devient absurde et que les comptes tombent juste chaque jour. On refait ensuite les expériences des études publiées, comme une hausse de taux ou une relance budgétaire, et on compare les réponses du jeu aux leurs. Enfin, on joue la France, une décision à la fois, puis avec six stratégies sur huit ans.
Les contrôles, sur 213 pays et 100 ans
Deux mondes tournent : l'un sans chocs ni élections, où une faute ne peut pas se cacher derrière la malchance, l'autre avec ses chocs, ses élections et ses défauts, celui d'une partie.
| Contrôle | Sans chocs | Avec chocs |
|---|---|---|
| aucune valeur NaN ou infinie | passe | passe |
| toutes les variables dans leurs bornes | passe, sauf les pays hors domaine (ci-dessous) | sorties de malchance seulement : au plus 0,006 % des mois-pays (tolérance 0,1 %) |
| la dette bouge exactement de ses flux, moins les décotes | passe (10⁻¹⁴) | passe (10⁻¹⁴) |
| chaque euro payé est reçu : lignes et colonnes de la matrice nulles | passe (10⁻¹⁶ du plus gros paiement du jour) | passe |
| la dette due est la dette détenue | passe | passe |
| économies stabilisées sur les dix dernières années | passe : 98 % des pays stabilisés, 3 encore en convergence (ci-dessous), aucun qui s'éloigne | — |
| deux exécutions de même graine identiques au bit près ; une autre graine, un autre monde | — | passe |
| un pays qui fait n'importe quoi (recettes 10 %, dépenses 80 %, taux 0) : aucun NaN, et aucun autre pays ne bouge d'un bit, chocs et élections compris | — | passe (aucun lien entre pays : le commerce en créera) |
| la liste des pays hors domaine est à jour : chacun échoue encore quelque part | passe (2 pays) |
Les pays encore en convergence. Au bout de cent ans sans chocs, trois pays n'ont pas fini de revenir à leurs ancres, mais s'en rapprochent : le Liban et Gaza, dont la dette redescend encore, et le Soudan du Sud, dont l'inflation est à 5,5 % pour une cible de 5,3 %. Le contrôle les rapporte à part ; il échoue pour une variable qui s'éloigne, ou pour un pays qui n'a jamais fait défaut et ne converge pas. Avant que la transmission monétaire soit corrigée (E1), ils étaient onze, dont l'Argentine.
Les pays hors domaine (§6) : Macao, et le Zimbabwe, qui part de 687 % d'inflation (décembre sur décembre 2024), au-delà de la borne de l'hyperinflation : le modèle n'a ni monnaie ni financement monétaire, qui font et défont les hyperinflations. Le Soudan en est sorti.
Face à la littérature
| Expérience | Modèle | Littérature |
|---|---|---|
| dépense +1 point de PIB, écart par année (avancés) | 0,70 ; 0,89 ; 0,53 ; 0,26 ; 0,12 | gabarit du FMI ramené au même pic : 0,71 ; 0,89 ; 0,54 ; 0,27 ; 0 (Batini et al. 2014) |
| baisse d'impôts d'un point, première année | 0,23 (avancés) ; 0,28 (émergents) | 0,25 ; 0,2 à 0,4 (Batini et al. 2014) |
| taux directeur +1 point pendant un an, production | −0,26 % au 18e mois | avancés : −0,25 % (corrigé du biais de publication) à −1 % (brut), vers 18 à 24 mois (Enzinger et al. 2025) ; émergents : plus faible que dans les avancés (Enzinger et al. 2025), ou −1,05 % au 10e mois (Brandão-Marques et al. 2020) |
| idem, niveau des prix après 5 ans | −0,065 % (avancés) ; −0,13 à −0,15 % (émergents) | −0,15 % (corrigé) à −0,9 % (Enzinger et al. 2025 ; Havranek et Rusnak 2013) |
| coût d'une désinflation d'un point | 1,43 (France), 1,45 (États-Unis), 1,01 (Brésil), 0,96 (Inde) | 1,4 en moyenne sur données trimestrielles, 0,8 sur données annuelles, de 0 à 3,6 (Ball 1994) ; 1,3, et 1,7 une fois corrigé du biais de publication (Enzinger et al. 2025) |
| taux apparent − croissance nominale, au départ (médianes) | avancés −2,6 ; émergents −3,6 ; bas revenu −6,8 | 1999-2008 : G7 +1,3 ; émergents −4,2 ; en développement −9,2 (Escolano et al. 2017) |
| volatilité de la croissance et de l'inflation (E13) | simulée / observée : 1,01 et 0,99 en médiane (0,89 à 1,11) | par construction : c'est la cible du calcul |
| années de croissance négative (moyennes annuelles) | avancés 20 % ; émergents 13 % ; bas revenu 7 % | 2000-2019 : 18 % ; 12 % ; 12 % (Banque mondiale) |
| récessions datées trimestre par trimestre (avancés) | 3,7 par décennie, 30 % du temps, 3 trimestres, −3,1 % | 1,2 par décennie, 11 % du temps, 3 trimestres, −1,9 % (Claessens, Kose et Terrones 2008) |
| élections perdues par le camp sortant | 47 % des 4 954 élections de cent ans | un gouvernement perd en moyenne 2¼ points par législature (Nannestad et Paldam 1999) ; les sortants américains ont gagné 8 fois sur 15 après un mandat, 2 fois sur 8 après deux (Abramowitz 2008) |
| défauts souverains | 36 en cent ans, dans 15 pays : 0,17 % par pays et par an | 180 restructurations de 1970 à 2010 dans 68 pays (Cruces et Trebesch 2013) : plusieurs fois plus |
| fin d'une forte inflation | sans chocs : l'Argentine, partie de 118 %, à 56 % au bout de dix ans, sous 25 % au bout de dix-neuf ; la Turquie, de 44 % à 23 % en dix ans et 18 % en vingt, pour une cible de 10 % | crises au-dessus de 40 % : 6 ans en médiane (Bruno et Easterly 1998) ; épisodes au-dessus de 100 % : 40 mois en moyenne (Fischer, Sahay et Végh 2002) ; inflations de 15 à 30 % : 31 épisodes sur 55 durent trois ans, 6 seulement plus de cinq (Dornbusch et Fischer 1993) |
Une décision à la fois, sur la France
La France est jouée, sans chocs ni élections ; chaque décision est comparée à la même France dont le joueur ne touche à rien. Écarts à cette référence :
| Au bout de | Recettes −2 points : écart | pouvoir d'achat | popularité | dette | Dépenses +2 points : écart | chômage | popularité | dette | Taux +2 points : écart | inflation | dette |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 6 mois | +0,52 | +3,18 | +1,20 | +0,2 | +1,57 | −0,22 | +0,80 | −1,2 | −0,11 | 0,00 | +0,2 |
| 1 an | +0,68 | +3,29 | +1,62 | +0,8 | +2,03 | −0,50 | +1,36 | −1,3 | −0,36 | −0,01 | +0,7 |
| 2 ans | +0,49 | −0,13 | +0,11 | +2,8 | +1,46 | −0,53 | +0,21 | +0,2 | −0,83 | −0,05 | +2,4 |
| 5 ans | +0,06 | −0,05 | −0,02 | +10,1 | +0,17 | −0,07 | −0,06 | +7,2 | −1,26 | −0,13 | +10,4 |
À dix ans, les écarts ne mesurent plus la décision : la France laissée à elle-même fait défaut en avril 2034, à 157 % du PIB — son déficit primaire de 4 % l'y mène, tenu dix ans. Les pays sans joueur y échappent : leur règle budgétaire referme ce déficit.
Lisible ? Oui : les trois décisions vont dans le bon sens, avec des ordres de grandeur que la littérature reconnaît, et leur coût arrive après leur effet. La baisse d'impôts rend populaire, un an : +3,3 % de pouvoir d'achat, +1,6 point de popularité, puis plus rien — le pouvoir d'achat se mesure sur douze mois. La relance par la dépense aussi, désormais : +1,4 point au bout d'un an, par les prestations qu'elle verse (E14) et par l'emploi (−0,5 point de chômage). La hausse de taux, tenue, pèse de plus en plus : son effet arrive lentement (E1).
Qui gagne et qui perd en jouant
Six stratégies jouées par la France, chacune sur quarante graines, huit ans (2025-2032) ; le joueur perd quand son gouvernement tombe. Ce que font les ordres :
| Stratégie | Perd en 2027 | Perd par un défaut (2029-2031) | Perd en 2032 | Tient huit ans | Dette finale, médiane |
|---|---|---|---|---|---|
| ne rien faire | 12 | 1 | 22 | 5 | 136 % |
| taux à 0 dès le départ | 11 | 0 | 22 | 7 | 118 % |
| austérité dès le départ (recettes +2, dépenses −2) | 10 | 0 | 23 | 7 | 117 % |
| relance seize mois avant le vote (recettes −2, dépenses +1,5) | 7 | 14 | 16 | 3 | 115 % |
| la même, huit mois avant | 4 | 19 | 16 | 1 | 101 % |
| grosse relance huit mois avant (recettes −5, dépenses +4) | 0 | 14 | 14 | 12 | 136 % |
Ce que ça dit. Le calendrier compte : la même relance fait perdre moitié moins en 2027 placée huit mois avant le vote que seize — le pouvoir d'achat se mesure sur douze mois. La relance a un prix : jamais retirée, elle mène la France à sa limite de dette vers 2030, et le défaut renverse le gouvernement une fois sur deux ; la dette finale est plus basse, parce que chaque défaut en efface 37 %. Deux stratégies donnent deux histoires : prudente, on perd surtout aux urnes ; dépensière, on gagne 2027 et on tombe dans la crise. Et presque tout le monde perd en 2032 : après deux mandats, la prime au changement d'Abramowitz (−4,3 points) est rarement remontée. Un signal d'alarme : la grosse relance est la meilleure stratégie du tableau — elle ne perd jamais 2027 et tient huit ans douze fois sur quarante, quand aucune autre ne dépasse sept.