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Modèle v0.2

Opinion et élections

Ce qui relie l'économie à la survie du gouvernement. Cette page couvre les équations E12, E14 et E15.

En clair

La popularité du gouvernement dépend du chômage, de l'inflation et du pouvoir d'achat, comparés à ce qu'ils étaient à son arrivée. Elle s'use aussi avec le temps (E12). Le pouvoir d'achat mesure la croissance, sur un an, du revenu des ménages après impôts et prestations (E14). Le jour de l'élection, la popularité et la croissance donnent un score attendu, et le hasard fait le reste (E15).

Dans la partie

La partie s'arrête quand le joueur perd le pouvoir, soit à une élection, soit quand un défaut renverse son gouvernement. Chaque pays vote selon son propre calendrier. La France vote le 2 mai 2027 et les États-Unis le 7 novembre 2028. Le bon moment pour agir se découvre en jouant. Une relance placée huit mois avant l'élection de 2027 la fait perdre moitié moins souvent qu'une relance placée seize mois avant, parce que le pouvoir d'achat se mesure sur douze mois (§7.4).

Les bases

La popularité est la part des gens qui approuvent le gouvernement, comme dans les sondages. Les études sur les sondages montrent qu'elle suit surtout deux chiffres, le chômage et l'inflation. Le jeu y ajoute le pouvoir d'achat. Il ajoute aussi l'usure du pouvoir. Un gouvernement perd un peu de popularité chaque année, même quand tout va bien.

Tout se mesure depuis l'arrivée au pouvoir. Un gouvernement est jugé sur ce qu'il a fait de l'économie dont il a hérité, pas sur son niveau absolu.

Le pouvoir d'achat compare le revenu des ménages à celui d'il y a un an. Une baisse d'impôts le fait monter pendant douze mois, puis l'effet disparaît de la comparaison. Pour qu'elle compte le jour du vote, elle doit donc tomber quelques mois avant.

Le jour de l'élection, un gouvernement populaire dans une économie en croissance part favori. Il n'est pas sûr de gagner pour autant, car une part du vote ne s'explique pas par l'économie. Après deux mandats, les électeurs ont en plus tendance à vouloir changer.

E12. La popularité

En clair

Tout nouveau gouvernement commence à 50 %. Il perd 0,6 point pour chaque point de chômage en plus depuis son arrivée, et 0,6 point pour chaque point d'inflation en plus. Il gagne 0,5 point pour chaque point de pouvoir d'achat en plus. Il perd aussi 0,6 point par année au pouvoir, quoi qu'il fasse. La popularité suit ces changements lentement et fait la moitié du chemin en 70 jours.

Un gouvernement arrive avec 7 % de chômage, 2 % d'inflation et un pouvoir d'achat en hausse de 1,5 %. Deux ans plus tard, le chômage est à 8 %, l'inflation à 5 % et le pouvoir d'achat ne progresse plus que de 0,5 %. Sa popularité se dirige vers 50 − 0,6 × 1 − 0,6 × 3 − 0,5 × 1 − 0,6 × 2 = 45,9 %.

Dans la formule :

SymboleCe que c'estDans l'exemple
\(P^{*}\)la popularité vers laquelle se dirige le gouvernement45,9 %
\(P_0\)la popularité de départ de tout gouvernement50 %
\(u - u_0\)le chômage en plus depuis l'arrivée+1
\(\pi^{12} - \pi_0\)l'inflation en plus depuis l'arrivée, comptée jusqu'à 20 points+3
\(g^{R} - g^{R}_0\)le pouvoir d'achat en plus depuis l'arrivée−1
\(n\)les années au pouvoir2
\(a_u\), \(a_\pi\), \(a_y\), \(a_c\)ce que pèse chaque terme0,6 ; 0,6 ; 0,5 ; 0,6
Voir la formule complète et ses sourcesLa forme exacte au pas d'un jour, chaque paramètre avec sa source, et ce que l'équation laisse de côté.
$$P^{*}_t = P_0 - a_u\,(u_t-u_0) - a_\pi\,\mathrm{clip}\big(\pi^{12}_t-\pi_0,\,\pm S\big) + a_y\,(g^{R}_t-g^{R}_0) - a_c\,n_t, \qquad P_{t+1} = P_t + s_P\,(P^{*}_t-P_t), \quad s_P = 1-0{,}74^{1/30{,}44}$$

u₀, π₀ et gR₀ sont le chômage, l'inflation et la croissance du pouvoir d'achat (E14) que le gouvernement a trouvés en prenant ses fonctions ; n ses années au pouvoir, comptées depuis la dernière élection au départ de la partie, et remises à zéro quand il est remplacé (E15, E16) ; P est borné à [0, 100]. Un gouvernement réélu garde ses années : il continue de s'user.

ParamètreValeurStatutSource
popularity_unemployment a_u0,6 point par point de chômage
étude
Paldam 2004 : coefficient typique d'une fonction de popularité trimestrielle
popularity_inflation a_π0,6 point par point d'inflation
étude
Paldam 2004
cost_of_ruling a_c0,6 point par année au pouvoir
étude
Paldam 2004 : 0,15 point par trimestre ; Nannestad et Paldam 2002 : 2¼ points par mandat en moyenne
popularity_persistence0,74 par mois
étude
Berlemann et Enkelmann 2014, approbation Gallup 1953-2006 (demi-vie : 70 jours)
popularity_income a_y0,5 point par point de pouvoir d'achat
plage
E14
popularity_inflation_span S20 points
choix
voir ci-dessous
starting_popularity P₀50 %
choix
tout gouvernement nouveau commence à 50 % ; celui qui est en place au départ a déjà perdu 0,6 point par année écoulée depuis la dernière élection

Pourquoi. Chômage et inflation sont les « deux grands » des fonctions de popularité ; leur effet est l'un des résultats les plus établis de la littérature (Nannestad et Paldam 1994 ; Lewis-Beck et Stegmaier 2013), et gouverner use, quoi que fasse l'économie. La borne S : ces fonctions sont estimées là où l'inflation reste de l'ordre de quelques dizaines de pour cent ; sans elle, l'inflation argentine qui retombe de 220 % à sa cible porterait son gouvernement au-dessus de 100 %.

Ce que ça simplifie. Les fonctions sont instables d'un pays et d'une époque à l'autre, et la responsabilité du gouvernement n'est nette que dans les systèmes à deux blocs (Nannestad et Paldam 1994). Les électeurs comparent leur économie à celle des voisins (Kayser et Peress 2012) : pas encore ici. Les coefficients sont symétriques, alors que Nannestad et Paldam trouvent qu'une dégradation pèse trois fois une amélioration ; Hibbs (2000) ne trouve pas cette asymétrie pour le revenu. Le coefficient du pouvoir d'achat vient d'études où le chômage et l'inflation ont les leurs, estimés ensemble ; ceux de Paldam ont été estimés sans revenu : les additionner compte peut-être deux fois une partie du même effet.

E14. Le pouvoir d'achat

En clair

Le revenu disponible des ménages correspond à ce que l'économie produit, moins ce que l'État prélève, plus ce qu'il reverse en prestations comme les retraites ou les allocations. Le pouvoir d'achat est sa croissance sur douze mois. Une baisse d'impôts en donne tout de suite, mais elle n'en donne plus un an plus tard. Pour peser sur le vote, elle doit tomber six à neuf mois avant l'élection.

Dans un pays avancé avec des recettes de 51 % du PIB et des dépenses de 55 %, 42 % des dépenses sont des prestations, soit 23,1 points de PIB. Le revenu disponible vaut 100 − 51 + 23,1 = 72,1 % du PIB. Baisser les recettes de 2 points le porte à 74,1 %. Le revenu augmente de 2,8 %, et le pouvoir d'achat affiché gagne 2,8 points pendant douze mois, avant de revenir à son niveau d'avant.

Dans la formule :

SymboleCe que c'estDans l'exemple
\(R\)le revenu disponible réel des ménages72,1 % du PIB
\(Y\)le PIB réel
\(T\)les recettes publiques51 %
\(TR\)les prestations versées aux ménages23,1 %
\(\tau\)la part des dépenses qui va en prestations0,42
\(INT\)les intérêts de la dette reçus par les ménages, pas encore comptés0
\(g^{R}\)le pouvoir d'achat, croissance de \(R\) sur douze mois
Voir la formule complète et ses sourcesChaque paramètre avec sa source, et ce que l'équation laisse de côté.
$$R_t = Y_t\,\Big(1 - \frac{T_t - TR_t - INT_t}{100}\Big), \qquad TR_t = \tau\,(G_t - \varepsilon\,\tilde y_t), \qquad g^{R}_t = 100\,\Big(\frac{R_t}{R_{t-365}} - 1\Big)$$

R est le revenu disponible réel des ménages : la production, moins ce que l'État prélève, plus ce qu'il rend — les transferts TR et les intérêts de sa dette INT, en points de PIB. gR est sa croissance sur douze mois : le pouvoir d'achat, que voit le joueur et qui entre dans la popularité (E12).

ParamètreValeurStatutSource
popularity_income a_y0,5 point de popularité par point de croissance du revenu disponible réel sur un an
plage
Frey et Schneider (1980) : États-Unis 0,52 (trimestriel) et 1,08 (mensuel), Allemagne 0,31 à 0,56 selon les gouvernements, 0,50 en écart à la législature précédente ; Royaume-Uni (1978) : 0,39 à 0,81 sur l'avance du gouvernement
social_transfers_share τ0,42 / 0,27 / 0,05 de la dépense primaire
calcul
la dépense publique de protection sociale hors santé (OIT 2024, figure 3.11, pondérée par le PIB : 16,2 % du PIB pour les pays à revenu élevé ; 8,5 et 4,2 % pour les revenus intermédiaires, 7,7 % ensemble ; 0,8 % pour les bas revenus), divisée par la dépense primaire du groupe pondérée de même (38,3 ; 28,6 ; 14,7 % du PIB)
INT0
inconnue
voir ci-dessous

Pourquoi. Le revenu disponible réel est une variable classique des fonctions de vote et de popularité : chez Hibbs (2000), il absorbe à lui seul l'effet de l'économie sur le vote présidentiel américain (4,12 points de vote par point de croissance moyenne du revenu par habitant sur le mandat) ; chez Frey et Schneider, il s'ajoute au chômage et à l'inflation. Le terme s'écrit comme les autres de la fonction de Paldam, en écart à ce que le gouvernement a trouvé en arrivant : la croissance du revenu par habitant et celle du revenu total ne diffèrent que de la croissance de la population, constante ici, qui s'annule dans l'écart. C'est ce qui relie le budget du joueur à sa survie politique : une baisse d'impôts rend du pouvoir d'achat tout de suite, une hausse en prend ; et une hausse de la dépense en rend aussi, par la part qui va aux ménages en prestations. Pour la France, τ G vaut 23,3 % du PIB, et le revenu disponible du modèle 72 % du PIB (49 % sans les prestations).

Ce que le joueur en apprend. Le pouvoir d'achat se mesure sur douze mois : une baisse d'impôts vieille d'un an n'en rend plus. Pour compter le jour du vote, elle doit tomber six à neuf mois avant (§7.4) — le cycle politique des affaires, que le modèle fait apparaître sans qu'on l'y ait écrit.

Ce que ça simplifie. Les prestations sont une part fixe de la dépense de chaque groupe de pays : un point de dépense en plus se partage comme le budget moyen du groupe, et les États-Unis reçoivent la part des pays à revenu élevé, plus forte que la leur. La protection sociale « hors santé » de l'OIT comprend quelques prestations en nature, qui ne sont pas du revenu (OIT 2024, note 29 du chapitre 4). Les intérêts de la dette ne comptent pas encore : on ne sait pas qui la détient (inconnue interest_in_income, tenue à zéro). Jusqu'au 23 septembre 2026, les transferts étaient eux aussi une inconnue tenue à zéro : le revenu disponible était sous-estimé (49 % du PIB en France), une baisse d'impôts en rendait trop, et une relance par la dépense en retirait.

E15. Les élections

En clair

Le jour du vote, le camp au pouvoir part d'environ 51,4 % des voix. Il gagne un peu plus d'un dixième de point par point d'approbation nette, c'est-à-dire l'écart entre ceux qui approuvent et ceux qui désapprouvent. Il gagne 0,6 point par point de croissance de l'année. Il perd 4,3 points s'il gouverne depuis deux mandats ou plus. Un tirage au sort s'ajoute pour tout ce que l'économie n'explique pas. À 50 % ou plus, le camp au pouvoir est réélu. En dessous, il est remplacé.

Avec 45 % de popularité, 1,2 % de croissance sur l'année et un premier mandat, le score attendu vaut 51,417 + 0,109 × (2 × 45 − 100) + 0,604 × 1,2 = 51,05 %. C'est au-dessus de 50, mais de peu. Avec le tirage du jour, le camp au pouvoir gagne environ 64 fois sur 100. Après deux mandats, il perd 4,265 points, tombe à 46,8 % et ne gagne plus que 14 fois sur 100.

Dans la formule :

SymboleCe que c'estDans l'exemple
\(V\)la part des voix du camp au pouvoir51,05 %
\(P\)la popularité45 %
\(2P - 100\)l'approbation nette−10
\(g\)la croissance du PIB réel sur douze mois1,2 %
\(\mathbb{1}[\ldots]\)vaut 1 après deux mandats ou plus, 0 sinon0
\(z^{E}\)le tirage du jour de l'élection
Voir la formule complète et ses sourcesChaque paramètre avec sa source, et ce que l'équation laisse de côté.

Le jour de l'élection de son pays, le camp au pouvoir obtient

$$V = 51{,}417 + 0{,}109\,(2P - 100) + 0{,}604\,g_t - 4{,}265\;\mathbb{1}[\text{deux mandats ou plus}] + 3\,z^{E}_t$$

points du vote des deux grands camps. À 50 ou plus, il est réélu et compte un mandat de plus ; en dessous, il est remplacé : le nouveau gouvernement commence à 50 % de popularité, sans années au pouvoir, jugé sur l'économie dont il hérite (E12). Si c'était celui du joueur, le joueur a perdu ; son pays revient aux règles des pays sans joueur. L'élection suivante a lieu un mandat plus tard.

ParamètreValeurStatutSource
vote_intercept51,417 %
étude
Abramowitz 2008, tableau 5 : États-Unis, 1948-2004, 15 élections
vote_net_approval0,109 point par point d'approbation nette
étude
idem ; approbation nette : approuve moins désapprouve (Gallup, mi-année), écrite ici 2*P* − 100, comme si personne ne répondait « sans opinion »
vote_growth0,604 point par point de croissance
étude
idem : croissance annualisée du PIB au 2e trimestre de l'année électorale ; ici, sur douze mois (g, E14)
vote_time_for_change4,265 points
étude
idem : quand le camp sortant a gouverné deux mandats ou plus
vote_noise3 points (écart-type)
plage
1,78 (Abramowitz 2008), 2,99 pour l'Allemagne et 4,15 pour le Royaume-Uni (Lewis-Beck et Dassonneville 2015), 3,0 (Fair 2022, économie seule), 4,5 en régime parlementaire sans popularité (Nannestad et Paldam 1999)
le calendrierpar pays
données
Wikidata, CC0 : la dernière élection nationale qui décide qui gouverne, la suivante, la durée d'un mandat

Pourquoi. L'équation d'Abramowitz est celle des fonctions de vote qui passe par la popularité : c'est ce qui fait voter le modèle sur ce que le joueur a fait, non sur l'économie seule. Le tirage du jour dit tout ce que l'économie n'explique pas. Le calendrier est celui de chaque pays : la France vote le 2 mai 2027, les États-Unis le 7 novembre 2028, l'Inde en 2029 ; tous les gouvernements ne sont plus « élus » le même jour, ce qui faisait un saut de popularité mondial tous les cinq ans.

Ce que ça simplifie. L'équation est estimée sur les présidentielles américaines ; elle s'applique à tous les pays, régimes parlementaires compris, où les coalitions et les sièges décident autrement. Le camp au pouvoir au départ est dans son premier mandat : combien de mandats il a déjà faits est une inconnue (incumbent_terms_at_start), alors qu'en France le camp au pouvoir depuis 2017 devrait subir la prime au changement dès 2027. Un nouveau gouvernement mène la même politique que l'ancien : ses préférences ne sont pas modélisées. Un pays sans élection nationale dans Wikidata n'en a pas (l'Arabie saoudite, mais aussi, à tort, le Danemark) ; un pays où l'élection ne décide pas de qui gouverne en a quand même une (Chine, Russie).