Epure Works

Modèle v0.2

Chocs

Ce qui fait bouger l'économie de chaque pays sans que personne ne décide rien. Cette page couvre l'équation E13.

Dans la partie

Les chocs font qu'une partie ne ressemble pas à une autre. Deux parties lancées avec la même graine sont identiques, deux graines différentes donnent deux mondes différents. Dans les pays avancés, les chocs restent modestes. Il leur manque ce que le jeu n'a pas encore, comme les crises mondiales qui frappent tous les pays à la fois, les événements et le commerce (§8.2).

Les bases

Dans la réalité, l'économie ne suit jamais une ligne droite. Une mauvaise récolte fait grimper les prix alimentaires, un hiver froid fait monter l'énergie, une vague de pessimisme freine les achats. Personne ne peut prévoir ces événements un par un.

Le jeu les représente par de petits chocs tirés au hasard chaque jour, pour chaque pays. Leur taille n'est pas choisie au jugé. Pour chaque pays, elle est réglée pour que l'économie, laissée à elle-même, varie autant qu'elle a varié dans la réalité entre 2000 et 2019.

Les grandes crises ne viennent pas de ces chocs. Elles naissent des mécanismes du jeu eux-mêmes, comme la crise de la dette ou la perte de crédibilité.

E13. Les chocs qui font bouger le monde sans le joueur

En clair

Chaque jour, chaque pays reçoit deux petits chocs. Le premier s'ajoute à l'activité, et l'économie met ensuite des mois à l'absorber. Le second déplace les prix, par exemple l'alimentation ou l'énergie, et s'efface peu à peu. Il perd la moitié de son effet en 180 jours.

La France reçoit chaque jour un choc de demande d'une taille typique de 0,106 point et un choc de prix de 0,034 point. Pris un par un, ces chocs sont minuscules. Cumulés sur une année, ils font varier sa croissance annuelle d'environ 1,1 point et la variation de son inflation d'environ 0,5 point. Ce sont les écarts mesurés dans ses données de 2000 à 2019.

Dans la formule :

SymboleCe que c'estFrance
\(z^{D}\), \(z^{P}\)les deux tirages du jour, autour de zéro
\(\sigma^{D}\)la taille du choc de demande0,106
\(\sigma^{P}\)la taille du choc de prix0,034
\(x\)l'écart passager du niveau des prix, en %
\(\phi\)la part de cet écart qui reste d'un jour au suivant
\(\pi^{vu}\)l'inflation que les gens voient, chocs compris
Voir la formule complète et ses sourcesLe calcul de la taille des chocs, ce qu'il reproduit bien et moins bien, et ce que l'équation laisse de côté.

Chaque jour, chaque pays tire deux valeurs d'une loi normale centrée réduite, zD et zP, qu'il reçoit à la taille qui lui est propre :

$$\tilde y_{t+1} \mathrel{+}= \sigma^{D}\,z^{D}_t, \qquad x_{t+1} = \phi\,x_t + \sigma^{P}\,z^{P}_t, \quad \phi = 0{,}5^{1/180}$$

Le choc de demande s'ajoute à l'écart de production ; le choc de prix déplace le niveau des prix publié (x, E5), déplacement qui s'efface. L'inflation que les gens voient, πvu = π + 365,25 · (xt+1xt), nourrit leur mémoire de l'inflation (E3) : un choc de prix passe dans les anticipations, et davantage si la banque centrale a perdu sa crédibilité.

GrandeurValeurStatutSource
σD, σPpar pays (France : 0,106 point d'écart et 0,034 point de niveau des prix par jour)
calcul
voir ci-dessous
volatilité viséel'écart-type robuste (1,4826 × l'écart absolu médian) de la croissance annuelle et de la variation annuelle de l'inflation, 2000-2019
calcul
Banque mondiale (WDI), repli sur le FMI ; France : 1,14 et 0,53 point
plafond de la volatilité viséele 90e centile des pays : 4,94 points pour la croissance, 5,31 pour l'inflation
choix
au-delà, les écarts viennent de ce que les chocs ne représentent pas : le pétrole (Guinée équatoriale, Libye, Tchad), la guerre et l'effondrement (Venezuela, Syrie, Soudan du Sud), les plus petites économies (Nauru, Tuvalu)
price_shock_half_life_days180 jours
choix
un choc de prix — alimentation, énergie — déplace le niveau des prix puis se défait : dans les pays les plus volatils, l'inflation d'une année est décorrélée ou anticorrélée de la suivante (Afghanistan −0,16, Tchad −0,17, Banque mondiale 2000-2019)

Pourquoi. Le modèle de projection du FMI a un choc dans chacune de ses équations, indépendant d'un trimestre à l'autre (Berg, Karam et Laxton 2006) : c'est ce qui y fait vivre le monde. Ici, la taille des chocs n'est prise à aucune étude : elle est calculée pour que le modèle, laissé à lui-même, varie autant que l'économie de chaque pays a varié en temps ordinaire. Le calcul est exact près de l'équilibre et ne demande aucune longue simulation : un choc de chaque sorte est donné au monde un jour, et l'on suit sa trace dans la production et les prix (les réponses impulsionnelles) ; on en tire combien une unité de choc tombée n'importe quel jour déplace la croissance annuelle et la variation annuelle de l'inflation, mesurées comme la Banque mondiale les mesure, sur des moyennes annuelles ; les variances s'additionnent sur les jours et sur les deux chocs indépendants : deux équations, deux tailles, résolues pays par pays. Le monde est d'abord laissé quarante ans sans chocs, pour qu'un pays qui part loin de ses ancres — l'Argentine — ne soit pas mesuré en chemin. Vérifié : sur cent ans avec chocs, la volatilité simulée divisée par l'observée vaut 1,01 en médiane pour la croissance et 0,99 pour l'inflation (de 0,89 à 1,11 du 10e au 90e centile).

Les récessions, face aux données. Mesurées comme la Banque mondiale mesure la croissance, en moyennes annuelles, elles ont la bonne fréquence et la bonne profondeur : une année de croissance négative sur cinq dans les pays avancés (20 % des années, contre 18 % de 2000 à 2019), 13 % dans les émergents (12 %) ; la pire année sur vingt tombe 4,2 points sous la croissance médiane dans les deux groupes (4,5 et 4,2 dans les données). Les pays à bas revenu varient moins que dans les données (7 % d'années négatives contre 12 %) : leurs chocs sont écrêtés au 90e centile. La France compte plus d'années négatives que de 2000 à 2019 (15 % contre 5 %), parce que sa croissance potentielle, 1,1 %, est plus basse que sa croissance passée, 1,8 % : l'Italie, qui a crû de 0,8 % l'an sur ces vingt ans, a connu une année négative sur cinq. D'un trimestre à l'autre, la croissance a la persistance des données : son autocorrélation vaut 0,08 en médiane des pays avancés, quand elle va de −0,38 (France) à 0,30 (États-Unis) dans le G7, médiane 0,07 (Campbell et Mankiw 1988, tableau 6). Ce qui ne va pas : datées trimestre par trimestre, comme Claessens, Kose et Terrones (2008) les datent, les récessions sont trois fois trop nombreuses dans les pays avancés — 3,7 par décennie et 30 % du temps, contre 1,2 et 11 % dans 21 pays de l'OCDE de 1960 à 2007 —, pour une durée comparable (3 trimestres) et une baisse un peu plus forte (−3,1 % contre −1,9 %). Les États-Unis tombent juste (1,4 par décennie ; 1,5 dans les données) ; les pays à croissance potentielle basse (France, Italie, Japon) en comptent 4. Les chocs quotidiens font trop de récessions courtes, que la moyenne annuelle efface. Rendre les chocs persistants ne les réduit pas (0,5 par trimestre : 41 % des années avec une récession technique au lieu de 42 %) ; les rendre plus petits romprait le calage annuel. C'est à trancher.

Pourquoi un écart-type robuste. Une crise, une hyperinflation, pèse peu sur l'écart absolu médian, alors qu'elle dominerait l'écart-type ordinaire. Les chocs représentent les temps ordinaires ; les crises sont l'affaire du modèle lui-même (E16, E17).

Pourquoi un choc de prix qui s'efface. La première version faisait tomber le choc sur l'inflation elle-même, qui le gardait en mémoire. Dans les pays très volatils à cible basse — le Burkina Faso, le Mali, la Centrafrique —, cela déclenchait des spirales déflationnistes (−29 % d'inflation), que les données ne montrent jamais : chez eux, les prix alimentaires bondissent et retombent.

Le hasard vient d'un générateur unique, seedé par la graine de la partie, qui tire chaque jour le même nombre de valeurs dans le même ordre (une ligne par usage, une colonne par pays), quoi qu'il arrive dans le monde : deux parties de même graine sont identiques au bit près, et les décisions d'un joueur ne déplacent les tirages d'aucun autre pays.

Ce que ça simplifie. Les chocs sont indépendants d'un pays à l'autre : pas de crise mondiale qui frappe tout le monde à la fois (inconnue common_world_shock). Ils sont symétriques, alors que l'inflation réelle monte en flèche plus souvent qu'elle ne chute : les pays les plus volatils connaissent encore quelques déflations de plus de 11 % (0,01 % des mois-pays). Le choc de demande n'a pas de persistance propre : c'est celle de l'écart de production (0,75 par trimestre) qui la lui donne, et elle suffit à la persistance de la croissance d'un trimestre à l'autre ; mais les récessions trimestrielles sont trop nombreuses (ci-dessus).