Budget
Ce que l'État perçoit, ce qu'il dépense, et la manière dont les gouvernements sans joueur tiennent leur dette. Cette page couvre les équations E8 et E9.
En clair
Le joueur fixe deux chiffres, les recettes publiques et les dépenses primaires, en pourcentage du PIB. Leur différence s'appelle le solde primaire, et elle bouge aussi toute seule avec la conjoncture (E8). Les gouvernements sans joueur suivent une règle. Ils visent le solde qui empêche leur dette de dériver, et corrigent leur trajectoire sur plusieurs années (E9).
Dans la partie
Le joueur donne deux ordres, « recettes » et « dépenses », entre 0 et 80 % du PIB chacun. Ils prennent effet le 1er du mois suivant. Un pays exclu des marchés ne peut pas dépenser plus que ses recettes hors effet de la conjoncture, quelle que soit la décision du joueur (E16). La France laissée telle quelle, avec son déficit primaire de 4 points, fait défaut en avril 2034 avec une dette de 157 % du PIB. Les pays sans joueur y échappent, parce que leur règle referme ce déficit (§7.3).
Les bases
Chaque année, l'État perçoit des recettes, surtout des impôts et des cotisations. Il engage aussi des dépenses pour les écoles, les hôpitaux, les retraites ou l'armée. Dans GeoSim, les deux se comptent en pourcentage du PIB. Des recettes de 51 % signifient que l'État prélève 51 euros sur chaque tranche de 100 euros produite dans le pays.
Le solde primaire est la différence entre les recettes et les dépenses, sans compter les intérêts de la dette. S'il est positif, l'État dégage un excédent. S'il est négatif, il est en déficit et doit emprunter pour le couvrir.
Le budget bouge aussi sans que personne ne décide rien. En récession, les impôts suivent l'activité à la baisse, alors que les dépenses votées restent les mêmes en euros. Le déficit se creuse donc tout seul. En période de croissance, c'est l'inverse. Ce mécanisme, appelé stabilisateurs automatiques, amortit les hauts et les bas de l'économie.
E8. Le solde primaire et les stabilisateurs automatiques
En clair
Le solde primaire vaut les recettes moins les dépenses, plus un terme qui suit la conjoncture. Quand l'activité recule d'un point, le solde se dégrade d'environ la part des dépenses dans le PIB. En France, cette part vaut 0,55, donc chaque point de récession retire 0,55 point au solde.
Avec des recettes de 51 % du PIB et des dépenses de 55 %, le solde décidé vaut −4 points. Une récession qui fait tomber l'activité 2 % sous son potentiel retire 0,55 × 2 = 1,1 point de plus. Le solde passe à −5,1 points sans qu'aucune décision n'ait changé.
Dans la formule :
| Symbole | Ce que c'est | Dans l'exemple |
|---|---|---|
| \(s\) | le solde primaire, en % du PIB | −5,1 |
| \(T\) | les recettes | 51 % |
| \(G\) | les dépenses primaires | 55 % |
| \(\varepsilon\) | la sensibilité du solde à la conjoncture, la part des dépenses au départ | 0,55 |
| \(\tilde y\) | l'écart de production (E1) | −2 |
Voir la formule complète et ses sourcesChaque paramètre avec sa source, et ce que l'équation laisse de côté.
| Grandeur | Valeur | Statut | Source |
|---|---|---|---|
| ε, semi-élasticité du solde à l'écart | la part des dépenses dans le PIB au départ, par pays (France 0,55) | FMI, Fiscal Monitor d'avril 2015, chapitre 2 : les stabilisateurs valent à peu près la part des dépenses dans le PIB. Recoupé : moyenne OCDE 0,44 (Girouard et André 2005), UE 0,50, de 0,30 (Bulgarie) à 0,63 (France) (Mourre, Poissonnier et Lausegger 2019) |
Pourquoi. Les recettes suivent le PIB (élasticité proche de 1 : Belinga et al. 2014 ; Dudine et Jalles 2018), alors que les dépenses votées restent en euros : quand l'activité recule d'un point, la part des dépenses dans le PIB grimpe d'autant, et le solde se dégrade de ε point. Le modèle l'écrit ainsi : les recettes restent une part fixe du PIB, et c'est la part des dépenses qui baisse d'ε point par point d'écart, G − ε ỹ. Le solde est le même que si tout passait par les recettes ; ce qui change, c'est le revenu des ménages (E14) : un impôt qui prendrait une part croissante du PIB en expansion leur retirerait plus que la croissance ne leur apporte. Ce que ça simplifie : les allocations chômage, qui montent en récession, ne sont pas distinguées du reste de la dépense ; elles viendront avec le détail du budget.
E9. Le budget des pays sans joueur
En clair
Un gouvernement sans joueur vise un solde fait de trois morceaux. Le premier empêche sa dette de dériver, en payant ce que coûtent les intérêts au-delà de ce que la croissance efface. Le deuxième est un effort supplémentaire quand la dette remonte au-dessus du plus bas niveau qu'elle a atteint. Le troisième corrige peu à peu l'écart que le pays avait au départ. Il n'ajuste que ses dépenses, jamais ses impôts, et ne descend jamais sous 5 % du PIB de dépenses.
Prenons une dette de 110 % du PIB, un taux de long terme de 3,4 % et une croissance nominale de 3,1 %. Pour que la dette ne bouge pas, il faut un excédent de (3,4 − 3,1) / 103,1 × 110 = 0,32 point. Si la dette est remontée de 5 points au-dessus de son plus bas, la règle demande 0,054 × 5 = 0,27 point de plus. Un pays parti avec un solde trop bas de 3 points corrige la moitié de cet écart en dix ans.
Dans la formule :
| Symbole | Ce que c'est | Dans l'exemple |
|---|---|---|
| \(s^{w}\) | le solde que vise le gouvernement | |
| \(i^{LR}\) | le taux d'intérêt de long terme | 3,4 % |
| \(\gamma\) | la croissance nominale de long terme | 3,1 % |
| \(d\) | la dette, en % du PIB | 110 |
| \(\rho\) | l'effort par point de dette au-dessus du plus bas | 0,054 |
| \(d^{anc}\) | la dette la plus basse atteinte depuis le départ | |
| \(\Delta_0\) | l'écart de départ, qui s'efface de moitié en dix ans | −3 |
| \(G_{\min}\) | le plancher des dépenses | 5 % |
Voir la formule complète et ses sourcesLa forme exacte au pas d'un jour, chaque paramètre avec sa source, et ce que l'équation laisse de côté.
avec γ la croissance nominale de long terme, (1 + g*)(1 + π̄) − 1 ; iLR le taux de marché de long terme (E10, taux directeur au neutre) — ou, pour un État prêteur net, le taux que son épargne rapporte vraiment ; danc la plus basse dette atteinte depuis le départ ; Δ₀ l'écart, au premier jour, entre le solde du pays et celui qui stabilise sa dette. Un pays exclu des marchés (E16) ne dépense pas plus que ses recettes structurelles, quelle que soit la règle.
| Paramètre | Valeur | Statut | Source |
|---|---|---|---|
| terme stabilisant | — | Blanchard 1990 : le solde primaire qui stabilise le ratio de dette vaut (i − g) / (1 + g) × d | |
fiscal_debt_response ρ | 0,054 point de solde par point de dette | Bohn 1998, tableau I, États-Unis 1916-1995 (0,028 à 0,054 selon la période) ; Ghosh et al. 2013 : 0,02 à 0,06 pour les dettes modérées, 23 pays avancés | |
fiscal_half_life_days | 365 jours | Bohn estime sur des années : le solde répond à la dette dans l'année | |
fiscal_consolidation_years | 10 ans (demi-vie) | l'horizon d'un plan budgétaire à moyen terme ; le cadre européen de 2024 étale l'ajustement sur quatre ans, prolongeables de trois (règlement (UE) 2024/1263). Cinq ans faisaient resserrer tous les pays sans joueur ensemble, et creusaient un creux mondial synchronisé vers 2030 ; dix ans l'étalent, ce que le studio a retenu | |
spending_floor G_min | 5 % du PIB | la plus basse part observée en 2024 parmi les pays de plus d'un million d'habitants (Haïti, 5,2 %, FMI) : une dette qui demanderait davantage n'est plus servie, c'est le défaut |
Pourquoi. Bohn montre que les gouvernements relèvent leur solde primaire quand leur dette monte, et que c'est ce qui la rend soutenable ; son coefficient seul ne stabilise pas le ratio quand l'écart entre le taux et la croissance le dépasse. La règle ajoute donc le terme de Blanchard, qui compense exactement l'écart entre taux et croissance : la dette des pays sans joueur ne dérive plus, quel que soit cet écart, et son retour vers l'ancre se fait au rythme ρ. Le premier jour, beaucoup de pays ne sont pas à l'équilibre (la France a un déficit primaire de 4 % quand 1 % stabiliserait sa dette) : ils referment cet écart sur quelques années, pas en un jour — un ajustement de quatre points en un an ferait une récession que rien dans les données ne justifie.
L'ancre. C'est la plus basse dette atteinte : une dette que l'inflation ou la croissance a érodée n'est pas réempruntée pour revenir au niveau de départ. Sans cela, le Soudan, dont l'inflation de 139 % ronge la dette de 263 % à 86 % en deux ans, empruntait ensuite pour la faire remonter, aux taux d'une désinflation.
Un État prêteur dépense ce que son épargne lui rapporte vraiment, comme la règle budgétaire norvégienne dépense le rendement attendu de son fonds (choix, argumenté ainsi) : planifier sur le taux de long terme quand l'épargne rapporte davantage — une inflation élevée qui dure — faisait croître ses avoirs sans limite (Haïti à −900 % du PIB en cent ans).
Ce que ça simplifie. Les gouvernements n'ajustent que la dépense, jamais l'impôt (les consolidations réelles mêlent les deux). La réponse ne faiblit pas avec la dette, alors que Ghosh et al. (2013) trouvent une « fatigue budgétaire » dès 90-100 % du PIB, qui devient négative vers 150 % ; et beaucoup de pays en développement ont un budget procyclique (Kaminsky, Reinhart et Végh 2004 ; Frankel, Végh et Vuletin 2012). La fatigue budgétaire n'est pas dans la règle : le défaut (E16) l'a précédée, avec sa limite de dette tirée des mêmes auteurs.